LES LOGIQUES D’UNE VILLE PERMISSIVE

BASE

MAI 2022

Faire la ville permissive est pour le paysagiste en charge des espaces publics une évidence qui s’expérimente selon différentes approches et logiques. Ces dernières pourront guider son mode d’intervention, ancrer l’apport de réalisations nouvelles dans une réalité géographique et offrir les conditions d’une appropriation sociale ce qui est le but de tout travail de conception urbaine.

Convoquer l’imaginaire

S’inscrire dans la continuité pour tisser le fil d’un récit fondateur du projet à partir de l’histoire du site est peut-être le premier pas vers une ville désirable. Ainsi, sur les crassiers à l’ouest de Saint-Étienne, un parc industriel se structure autour de l’idée d’un parc-machine et d’un paysage productif en mouvement reconditionné au gré de transpositions de l’imaginaire et d’analogies programmatiques capables de révéler des pré-dispositifs spatiaux hérités de l’aventure minière. L’eau y est devenue le charbon du futur et le crassier a muté en une île mystérieuse. Ici, la gestion hydraulique crée le lien entre une recherche de résilience du site et la transition entre industrie, culture et nature.

 

L’imaginaire au service de l’aménagement des crassiers de Couriot, à l’Ouest de Saint-Étienne. ©BASE

La renaturation de l’île de Nantes où sont convoqués les univers ligériens mais aussi gracquiens (Gracq était géographe de formation) illustre ce propos. Proposer un projet urbain comme un assemblage de lieux indépendants résonnants chacun avec les titres des romans de Julien Gracq était une manière d’engager un récit collectif. Cette fiction permet de dépasser les limites insulaires et offre une base programmatique ouverte à la discussion publique et aux concepteurs invités. Dans ce travail où la narration est centrale, de nouveaux supports sont nécessaires, comme les cartes de « géo-récits » pour partager le récit collectif sur une cartographie des imaginaires.

Carte des géorécits de l’île de Nantes. ©BASE

Penser par le vide

Une ville se découvre, s’imagine et s’arpente par ses vides invitant ainsi à la posséder par la marche, par l’ivresse d’un parcours. Une qualité d’emplacement est définie par ses relations d’ouverture qu’offre une ville avec et par ses extérieurs, selon des rapports de co-voisinages, de co-visibilités et de cohabitations. Ces valeurs d’adressage sont précisément celles qu’on habite. On peut les décrire comme des séries, des lignes d’arbres, des treilles, des voies, des passages, des sas ou des seuils à la fois dedans et dehors. À l’échelle de la ville, l’espace public doit être envisagé comme un laboratoire des transformations citoyennes à la fois en tant que lieu de représentation mais aussi de manifestation des possibles, permettant l’imprévu, l’appropriation libre et le détournement. L’espace se donne sous forme de relation d’emplacement, invitant à laisser travailler les interfaces entre les lieux.

Une réflexion doit porter sur l’héritage des espaces publics et les méthodes pour les maintenir attractifs, les transformer en se questionnant sur ce qui fait place réellement aujourd’hui. Quelles sont les mutations à l’œuvre, les invariants et les imaginaires citadins engagés dans ces modifications spatiales ? Nous nous interrogerons sur les différentes temporalités qui rythment les places, du quotidien au temps long des projets urbains, et les acteurs impliqués ou invités à participer aux transformations de celles-ci. Leur valeur d’emplacement se considère alors selon leur degré d’accointance et de réversibilité.

Le projet d’Euratlantique à Bordeaux a été pensé autour de la reconstitution d’un grand vide urbain s’ouvrant sur le fleuve, enlaçant les différents quartiers organisés autour de lui et fabriquant, à l’image des anciens Estey des rives de la Garonne, un nouvel affluent paysager en pleine ville. Cet anneau continu d’espaces publics offre à la fois une ouverture dans le tissu urbain, des perspectives filantes, des fonds de scènes et crée un paysage structurant fondé sur les anciens tracés hydrologiques fédérant les quartiers riverains autour de la programmation d’un ruban public intermodale et partageable.

Penser la ville par le vide. ©BASE

La préséance du vivant

Le temps long du projet amène à élaborer des systèmes de correction et d’expérimentation pour s’adapter aux évolutions qui naîtront de l’appropriation progressive des lieux.  Cette stratégie urbaine rencontre alors les logiques propres de la constitution du vivant. Le temps long du projet offre aussi l’occasion de reconstituer les ressources de demain, d’appréhender les cycles de vies des matériaux recyclables et de mettre à l’œuvre la reconstitution de sols fertiles (notamment dans les territoires métropolitains dont les premières et secondes couronnes sont lourdement polluées), comme préséance du vivant.

Et si le véritable risque n’était pas le réchauffement climatique mais l’épuisement de la terre ? Comment nourrir dix milliards d’habitants avec des sols surexploités et lessivés ?

Les sols, soubassements féconds des civilisations humaines, s’érodent plus vite qu’ils ne se reconstituent. Ils sont l’épiderme de la terre. Le Plan guide de Vallée de la Chimie 2030 à Lyon a engagé́ une réflexion innovante sur la production d’un paysage dans le contexte industriel et métropolitain. Prenant acte de la problématique nationale et métropolitaine relative à la raréfaction des terres fertiles et de la nécessité́ de régénération des sols industriels, la stratégie territoriale propose d’établir une méthode de production d’un paysage générateur de valeur et capable de s’adapter à toutes les situations spatiales et économiques auxquelles la Vallée est confrontée dans le temps. La Vallée de la Chimie bénéfice de plusieurs atouts importants pour le développement d’un paysage productif. Les nombreux tènements actuellement sans occupation (du fait notamment des contraintes inhérentes aux risques technologiques et à la miniaturisation des procédés industriels) sont autant de terrains potentiels pour la mise en œuvre d’un protocole de régénération de sol et de création d’un grand paysage à l’entrée sud de la Métropole. Dans la Vallée, seuls 30% des 600 ha sont intensivement utilisés par l’industrie et laissent de grandes marges de manœuvre pour étoffer la présence du paysage en passant d’un stade expérimental à une production temporaire, hybride puis progressivement pérenne (selon différente forme de « transnaturalité »).  Le foncier libéré peut accueillir les terres qui sont à traiter par phytoremédiation, mycorhizations, et amendements pour reconstituer des substrats agronomiques fertiles. Un obstacle reste à lever : la non-synchronisation entre production/utilisation des déblais et des remblais du fait de la diversité des émetteurs/utilisateurs à l’échelle de la métropole. La variété́ des sites proposés dans le cadre de l’Appel des 30! doit permettre d’expérimenter dans des champs aussi variés que la production de sols fertiles, les procédés innovants de dépollution ainsi que la production de biomasse. Le paysage productif participe alors à augmenter la valeur écologique de la Vallée tout en générant une valeur économique et énergétique dans des espaces stratégiques, ou peu valorisables. Partie prenante d’un environnement particulier (sites industriels en activités, sites pollués, etc.), le paysage productif recherché doit permettre l’émergence de démarches innovantes et expérimentales, le tout dans un modèle économique très tendu. Il doit contribuer à accroitre l’écosystème industriel et urbain en s’inspirant de l’ADN industriel des sites, il valorise les synergies et ressources locales disponibles (utilisation de déchets, polluants, chaleur…) et peut se reconfigurer dans le temps (adaptabilité et évolutivité́).

Une autre manière de se projeter sur le long terme consiste à installer une pépinière citoyenne in-situ, même si les contraintes de calendrier et de phasage (coordination entre opérateurs et collectivités) sont très complexes à faire coïncider. Enfin, un autre chapitre à ouvrir est celui du recyclage créatif, en lien avec une approche économique du projet dans l’idée d’une ville sobre. Le concassage, le détournement et le réemploi de matériaux localement recyclable est l’une des pistes de frugalité de fabrication de la ville sur elle-même.

Vallée de la chimie et terres fertiles. ©BASE

 

Pépinière et recyclage. ©BASE

Favoriser la permissivité

Les mutations sociales nous invitent à développer les outils d’un urbanisme des temps et à réfléchir autour de la figure stimulante de la « ville malléable » afin de permettre la polyvalence et la modularité des espaces et des bâtiments selon les moments de la journée, de la semaine ou de l’année. L’individu devient de plus en plus mobile. Il est poly-topique : il a plusieurs lieux. Il est poly-actif : il a un portefeuille d’activités plutôt qu’un seul métier. Il est de plus en plus instable : en famille, au travail, dans ses localisations. Il est de plus en plus hybride et imprévisible alors que l’offre urbaine reste relativement statique et rigide.

La tendance est à l’hybridation des pratiques, des temps et des espaces et à la relocalisation de nouveaux assemblages, alliances et collaborations : co-construction, co-développement, co-habitation, co-voiturage ou co-conception. Les frontières entre les temps et espaces de travail et de loisirs s’effacent. Des tiers-lieux émergent, mélangent plusieurs activités : cafés-bibliothèques, laveries-cafés, pépinières entrepreneurs-artistes, crèches installées dans les gares transformées en supermarchés, mais aussi toitures-jardins ou écomusées-lotissement… Face à l’éclatement des espaces, des temps et des mobilités, on assiste à l’émergence d’organisations spatio-temporelles où les notions de polychronie et d’intermittence sont essentielles.

La souplesse d’usage des bâtiments destinés à accueillir différents types d’activité afin d’optimiser les déplacements et de regrouper dans les nœuds de l’armature du territoire un maximum d’offres possibles devient la clé d’un espace public plus concentré et animé. C’est davantage sur la régulation et la gestion de la contiguïté de ses espaces, sur l’adaptabilité permanente de la ville à ses propres évolutions que l’urbain de demain doit pouvoir compter.

Sur les berges de Nantes, des ouvrages ouverts à diverses fonctions imaginés avec les publics habitants ont été disposés en libre usage dans l’espace public. L’appropriation se fait au gré des saisons et des publics. Une plateforme à l’allure d’une pêcherie occupe la ripisylve, cadre le fleuve et offre un gradin sur une scène et des hamacs au raz de l’eau pour buller, méditer ou faire l’école buissonnière. Plus loin, après l’esplanade dédiées aux sports alternatifs (parcours, skate…) et autres cultures urbaines (danse, parcours, work out…) en libre appropriation, s’élève un échafaudage monumental les pieds dans l’eau, véritable belvédère urbain en fenêtre sur la Loire qui propose terrasses, transats dans les airs, table de bricolage, jeux, et accueille à la belle saison une guinguette contemporaine animant ce nouveau lieu de vie et dynamisant tout le quartier.

Une plateforme à l’allure de pêcherie, quais de l’île de Nantes. ©BASE

 

L’esplanade dédiée aux sports urbains et la guinguette des quais de l’île de Nantes. ©BASE

Positiver les risques

L’espace public doit être pédagogique avant d’être sécuritaire, un lieu de rencontre et de défi et une source d’apprentissage individuel et collectif. Les maîtres d’ouvrages recherchent généralement le risque zéro, contribuant ainsi à limiter les risques et les accidents et par conséquent l’imaginaire et l’espace de développement des enfants, bloqués par les interdits règlementaires. Nous cherchons à concevoir des espaces et des jeux « utiles » au design praticable abstrait laissant libre court à l’imagination des enfants, multipliant les parcours et les alternatives permettant l’apprentissage du risque et offrant la possibilité de quitter la surveillance (visuelle) des parents afin que l’enfant acquière de l’autonomie. Contrairement à ce que l’on croit, la règlementation et les normes laissent suffisamment de flou pour le permettre. C’est la permissivité qui forge la responsabilisation.

Le risque, source d’apprentissage individuel et collectif. Aires de jeux du parc Blandan et de Lormont. ©BASE

 

Notre attachement à profiter et à utiliser la notion de risques au sein d’espaces publics provient d’un désir de renouer avec le sauvage mettant en exergue la notion de prise de risque du corps dans l’espace.  Face à notre rapport contemporain quelque peu anesthésié avec la nature, la forte prise en compte des contraintes par le projet défend l’idée d’une relation immersive et violente avec la nature comme moyen d’éprouver un territoire. Loin des logiques formelles ou esthétisantes, cette approche du projet est avant tout sensible et intuitive et tente de se confronter aux risques et aux aléas naturels pour les positiver et les transformer en langage de projet. L’essence de la contextualité constitue alors la matière première du projet (géographie, mouvement de sol, pente, relief instable, espaces inondables… soumis aux soubresauts de la nature), cristallisant ainsi des inspirations sportives et des aspirations profondes de mise en danger, d’adrénaline, de prise de risque maîtrisé et de connaissance de soi.  Le risque intégré est utilisé comme un palliatif pour une société en manque de sensations fortes.

Sur les 15 km des rives de Saône (Lyon) confiées à 7 paysagistes associés à des artistes, la contrainte de situation est très forte. La séquence réalisée par BASE consiste en une artificialisation discrète mais radicale des berges, très étroites (et instables) à ce niveau. Le projet apparaît et disparaît en fonction des crues et décrues de la rivière sans s’opposer à un rythme naturel imprévisible qui le dépasse, considérant que l’aléa _ ici la crue _ est la nature. L’occurrence des catastrophes naturelles au sein de nos paysages « fabriqués », et plus particulièrement la multiplicité des situations et des évènements relatifs aux paysages inondables, questionnent l’Homme dans sa manière d’habiter le monde.  L’augmentation de ces situations « instables » permet de considérer l’habitabilité des territoires inondables tout autant qu’elle interroge la construction de nos relations à notre environnement, notre aptitude à nous adapter aux transformations induites par l’eau, notre souhait de vivre, de plus en plus avec plutôt que de lutter contre.

Les rives de Saône et les quais d’Artois. ©BASE

Intensifier les usages

Les lieux de vies existent parce qu’ils sont pratiqués, habités ou mis en mouvement. Ils sont transformables, hybrides, variables, instables, en devenir. La spontanéité d’usage qui les anime invite à penser le mobilier urbain comme un potentiel praticable à la limite entre l’espace public et l’espace privé. Les « mobilieux », à ce titre, sont des mobiliers de structures rustiques qui offrent de l’espace avant d’offrir du design. Leur statut d’objet s’efface pour devenir micro-lieu. Ce type de mobilier régénère les espaces publics, les interactions entre les individus sont maximisées et se croisent des activités différenciées souvent inattendues.  Ces mobiliers sont surdimensionnés pour offrir de quoi s’installer, échanger, travailler ou encore se reposer. Leur taille permet l’accueil de fonctions improvisées, plus riches et insoupçonnées.  Ils deviennent des « mobilieux » dès lors qu’ils arrivent à offrir de véritables lieux de destinations. Ce sont des espaces polyvalents en partage qui fixent des appropriations individuelles ou collectives.

Des exemples de « mobilieux » à Troyes et sur les quais de l’île de Nantes. ©BASE

Sur le site Blandan, dans le 7ème arrondissement de Lyon, ce genre de mobilier est mis à l’échelle du territoire et de sa composition militaire. Dans cette logique d’adaptation, les assises sont proportionnées aux horizons et à l’espace formant ainsi des lieux de rassemblement qui rappellent l’organisation des troupes militaires. Alors qu’un banc classique permet principalement la contemplation, les assises du site Blandan sont de véritables « plages de vie » à occuper. Elles permettent des appropriations différenciées, une forme de domestication créant ainsi des spots animés, des lieux de rendez-vous et un déploiement d’activités physiques possibles en extérieur. Sur la partie haute du site, le mobilier provient d’un processus de recyclage de matériaux. Les pierres de rives, de soubassement, les marches d’escaliers ou encore les pignons sont détournés, récupérés et assemblés pour fabriquer un langage mettant en exergue la mémoire du site.

Les « mobilieux » du parc Blandan à Lyon. ©BASE

 

Le Parc Blandan offre toute une variété d’espaces ouverts pouvant intégrer une vie évènementielle et accueillir différents types de manifestations saisonnières ou de spectacles de plein air. La Place d’Armes et la grande prairie centrale sont les lieux privilégiés pour ces évènements, ouvertes à tous types de programmations. Sur les dalles de reconquête héritées des hangars historiques et propices aux activités sportives et ludiques se développe également un large panel d’usages libres, insoupçonnés et évolutifs. Aux plateaux sportifs dédiés à des fonctions précises se mélangent des espaces indéfinis laissé à la libre occupation et à l’aléatoire du quotidien. Ces vides permettent également aux usagers de comprendre les traces du lieu et de s’insérer dans son univers militaire. Les visions lointaines qu’il permet ont inspiré la création d’un 5ème bastion, d’une redoute contemporaine, relecture libre des plans inspirés de l’organisation militaire. Cette notion d’horizons multiples et de visions élargies entraine une démultiplication de situations panoramiques et d’effets de perspectives renouvelant les situations et l’intérêt même d’y exercer des activités modulables, changeantes, adaptées aux espaces disponibles.
L’hospitalité d’un tel site public se joue entre l’ouverture à la diversité des usages (dans un parc très fréquenté[1]) et le maintien de zones vacantes, non déterminée, offrant une capacité d’évolution pour les mutations futures.

[1] Jusqu’à 20.000 personnes par jour en été

Différents espaces et usages du parc Blandan à Lyon. ©BASE

 

Faire de l’urbanisme un jeu

Les contraintes dans l’art de la ville ont, assurément, un rapport spécifique à la responsabilité du concepteur qu’elles ne cessent de miner ou de neutraliser dans un retournement paradoxal. Celles qui sont ici en jeu par l’intégration des contraintes comme processus créatif se distinguent des conditions (matérielles, techniques, sociales ou politiques) dont le concepteur doit s’accommoder en fonction de leurs plus ou moins grandes convergences avec ses projets et qui encadrent, sans nécessairement la déterminer, toute projétation. Il s’agit d’inventer « des règles qui s’appliquent à des règles». Le recours à des contraintes additionnelles est un moyen pour le poète de bousculer l’ensemble des règles arbitraires mais naturalisées, de se libérer de l’usage commun de sa langue jusqu’à trouver des formules, des images inédites et même impensables. Aux métiers de l’urbanisme d’en faire autant. Ainsi, la contrainte n’est pas seulement une spécification de la règle mais elle a un statut, une fonction et un sens différents de celle-ci, et ce en dépit des usages linguistiques qui confondent souvent les deux notions. La contrainte constitue, ce qui n’est pas le cas de la règle, un moment de l’activité artistique identifiable dans la genèse du projet, dans son processus : intervenant en amont de la mise en œuvre, elle fixe les modalités de son effectuation, définit précisément sa progression, programme le déroulé des opérations qui permettent sa réalisation. L’urbanisme est d’abord un art de la coordination. Définir des protocoles, en tant que contraintes choisies, indentifiables et partageables qui visent à introduire des logiques collectives, peuvent non seulement créer de l’émulation interactive (en réaction aux complexités des contraintes qu’on défie) mais aussi faire advenir la surprise et l’imprévu dans les réponses imaginées et donc potentiellement dans la vie quotidienne proposée et susciter une attention accrue au concours des circonstances. Plutôt que de faire le jeu de l’urbanisme réglementaire, il faut proposer de faire de l’urbanisme un jeu en réactions aux contraintes et aux circonstances.

Sur l’île de Nantes[2], la coproduction des fronts urbains (qu’ils soient sur le parc, en prolongement du faubourg ou sur la Loire) passerait par de nouveaux modes de coopération entre promoteurs et architectes. Sur un autre plan, la réalisation et la gestion des lisières (pieds de bâtiments ouverts aux usages) engagerait à revoir la répartition classique entre privé et public, notamment en matière de gestion. On pourrait proposer de substituer la fiche de lot par une fiche de rue, qui introduirait des règles de composition (et de perturbation ponctuelle de la composition) des fronts urbains pour assurer la cohérence du tissu urbain. Il s’agirait alors d’éditer des règles du jeu, ou d’émulation (imposer des murs mitoyens, des doubles orientations, des logiques de retrait,…), garantissant un bon voisinage entre projets (conduisant donc les différents porteurs de projet à se parler plus que d’ordinaire) en lien, avec les priorités du plan-guide. Laisser des marges de manœuvre suffisantes pour que chaque projet puisse exprimer son unicité s’avère indispensable.

Ainsi jouerions nous entre unité et diversité, offrant le caractère inattendu que l’on aime dans la ville spontanée. Autant d’ingrédients pour tenter de réaliser la ville pour l’usager et le promeneur.

[2] Dialogue compétitif 2016.

Faire de l’urbanisme un jeu. ©BASE