ECONOMIE CRÉATIVE
& DÉVELOPPEMENT
DES TERRITOIRES

BASE

AOÛT 2019

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Cet article fait partie du thème : LA VILLE CREATIVE

Fiche 1 : La classe créative, conception innovante ou concept marketing ?

Fiche 2 : La réappropriation culturelle des espaces urbains

Fiche 3 : Economie créative et développement des territoires

Qu’est-ce que la culture permet pour le développement économique des territoires ?

L’économie créative se territorialise dans les villes, elle va choisir des espaces propices dans les métropoles et permettre une logique de réseau entre des prestataires. Ces espaces sont en général des quartiers : on peut prendre l’exemple de Soho, ancien quartier industriel qui a connu une reconversion économique à travers sa concentration d’artistes qui en a fait un centre privilégié du marché de l’art.

Les réglementations ont évolué pour s’adapter aux nouvelles formes d’habitat inventé par les artistes : on peut citer le loft, à la fois résidence et atelier de création. Ce type d’habitat va être largement popularisé pour devenir une vraie manne financière pour les promoteurs immobiliers. A travers la littérature et le cinéma, le loft va en effet être un type d’habitat très recherché par les classes les plus aisées. Le quartier de connaît ainsi une reconversion résidentielle suite au développement des lofts de haut standing, appartements pourtant initialement réservés aux artistes qui ont investi les lieux.

Contrairement à l’économie industrielle, l’économie créative ne nécessite pas de grands espaces de production. En revanche, elle implique une proximité de ses acteurs qui agissent en collectif ou en réseau. La recomposition de la ville post-industrielle a permis aux intervenants culturels de s’installer dans les anciens quartiers industriels délaissés, le plus souvent à proximité du centre-ville.
Les pratiques culturelles dans la ville sont structurées en cluster, c’est-à-dire dans un espace géographique regroupant un même bassin d’emploi, favorisant l’échange d’informations et de compétences et les équipements.

Ces clusters créatifs profitent d’effets d’agglomération : la proximité des activités culturelles au sein d’un espace permet de favoriser les interactions et les échanges. L’ancrage territorial d’un cluster créatif permet de rassembler des conditions favorables à la commercialisation des productions culturelles : la présence de galeristes, de lieux d’exposition et de spectacle, de consommateurs…
La ville apparaît comme un écosystème permettant la convergence et l’échange des activités créatives et des activités économiques, rendant propice le bien-être des habitants et une libre créativité.

Cependant, on observe plusieurs limites majeures l’économie créative comme modèle de développement. La gentrification des quartiers, notamment dans le centre des villes se fait au détriment des artistes qui s’y étaient installés au départ à travers la reconversion immobilière qu’elle provoque. L’arrivée de nouveaux propriétaires de classe supérieure créé un conflit avec les résidents plus précaires.
Les « bohèmes » survalorisés par la communication politique, porteurs d’une image urbaine positive, sont souvent des travailleurs précaires qui ne profitent pas de la revalorisation de la ville. On peut alors se demander si ces artistes bohèmes sont les promoteurs de la valorisation de leur quartier ou bien si leur présence est instrumentalisée par les acteurs économiques à des fins purement commerciales.
La question de savoir pour qui est faite la ville créative est alors centrale dans une réflexion sur l’aménagement urbain.

Sources :

  • Who’s Your City – Richard Florida
  • Creative Placemaking, les usages informels à l’avantgarde du projet urbain – Club Ville Aménagement avec Andreas Krüger, facilitateur urbain à Berlin
  • Résiliente, collaborative et bricolée, repenser la ville créative à « l’âge du faire » – Charles Ambrosinoa, Vincent Guillonb et Magali Talandierc
  • Du cluster créatif a la ville créative, fondements économiques – Dominique Sagot-Duvauroux
  • Les Systèmes Urbains Cognitifs : des supports privilégiés de production et de diffusion d’innovations ? Études des cas de 22@Barcelona (Barcelone), GIANT/Presqu’île (Grenoble), Distrito tecnologico et Distrito de Diseno (Buenos Aires) – Raphael Besson
  • Apprendre à investir l’espace public par la culture – Le Monde Aude de Bourbon Parme
  • Quartiers artistiques, territoires (re)créatifs – Charles Ambrosino
  • Lauren Andres, Boris Grésillon« Les figures de la friche dans les villes culturelles et créatives. Regards croisés européens », L’Espace géographique 2011/1 (Tome 40), p. 15-30. DOI 10.3917/eg.401.0015
  • Lise Bourdeau-Lepage, « Repenser la ville », Géographie, économie, société 2011/1 (Vol. 13), p. 5-10.
  • « Comptes Rendus », Géographie, économie, société 2016/1 (Vol. 18), p. 167-185. DOI 10.3166/ges.18.167-185
  • Richard Florida, Cities and the creative class (2005), New York-London, Routledge
  • Brian Holmes, Vivre et travailler dans le parc. Les ambiguïtés de la « ville créative » , Mouvements 2005/3 (no 39-40), p. 94-102. DOI 10.3917/mouv.039.009
  • « Lectures », Revue d’Économie Régionale & Urbaine 2016/2 (Mars), p. 467-476. DOI 10.3917/reru.162.0467

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