Caen : Presqu'île

Maître d'ouvrage / SPLA Caen Presqu'île


BASE paysagiste + François Leclercq urbaniste + JDS architectes + INGETEC + REPERAGE URBAIN

 

Caen  / Calvados
surface / 300 ha
budget / 220 M€
concours / projet non retenu
date / 2012

 

La mer, la grande oubliée

L’Orne est soumis aux marées et à une fluctuation saisonnière de débit importante. Pour ces raisons, la navigation y était difficile. La création du canal de l’Orne a permis de se détacher de ces contraintes naturelles en favorisant l’essor économique de la ville. En contre partie malheureuse, la ville s’est détournée de son fleuve et donc de l’ambiance maritime qu’il entraîne. Or, la question de la connexion à la mer est depuis longtemps un sujet important pour les caennais. Mais aujourd’hui, le principal lieu de connexion de la ville avec la mer, la presqu’île, est en voie d’abandon (obsolescence des activités, enclave géographique, paysage dévalorisé). 


Vers un retour de l’influence des marées 

Dès lors, le projet de renouvellement urbain et paysager s’articule autour de la quête d’une nouvelle programmation maritime. La séparation de l’Orne en deux eaux distinctes est récente (et avec ça la préférence du canal plutôt que du fleuve). Afin de reconquérir les accès à la mer, il nous semble important de réassocier le canal et le fleuve dans un projet favorisant leurs interrelations. Leur complémentarité peut être revalorisée et des perméabilités d’une rive à l’autre peuvent être trouvées. En effet, originellement l’Orne est un fleuve dont les méandres s’étendaient entre ce qui est aujourd’hui le canal et l’actuel lit majeur. La vallée de l’Orne entre Caen et l’embouchure est un paysage alluvial, constitué de prés salés, de vasières, de marais,… d’une richesse biologique évidente.

 

D’un point de vue hydraulique, ces connexions existent aujourd’hui : le canal de la jonction, le déversoir, les canaux d’irrigation, permettent de contrôler les flux de l’eau et leur équilibrage. L’enjeu est d’obtenir également un équilibre et des échanges entre les deux rives du point de vue végétal et du point de vue des circulations. La reconquête des rives et les permutations de l’une à l’autre contribueront à l’essor d’une programmation et d’un paysage riche en diversités.

Pour répondre à ces enjeux, le schéma territorial se décline en faisceaux croisés: faisceau bâti, faisceau végétal, faisceaux de circulations, faisceau de loisirs,… L’ensemble constitue le grand faisceau de la mer.

Ces structures se « frottent », s’enchevêtrent quelque fois pour permettre des changements d’une rive à l’autre (permutation). Le paysage d’entre deux constitutif de la presqu’île est démultiplié. Les faisceaux offrent une diversité de « regards », de parcourabilité, de découvertes.

Une dorsale interne est mise en place par une série d’interventions sur l’existant : renforcement et extension du parc des rails, constitution d’une forêt alluviale, infiltration d’une dorsale bocagère, développement des forêts alluviales vers les marais. Cette colonne vertébrale s’incline ou développe des excroissances vers l’une et l’autre rive du canal et du fleuve. 

 La proposition d’aménagement des espaces publics est basée sur la programmation d’un temps 0, identifiable et «utilisable » immédiatement. Les espaces publics, les parcs, et les propositions de promenade jusqu’à la mer, sont conçus de façon à être opérationnels au plus vite. Pour cela, il convient de développer des stratégies qui s’appuient sur l’existant, le déjà-là : recyclage, réutilisation, réemploi,...dans une stratégie de micro-investissements. Le traitement des sols s’inspire des stratégies de reconquête des sols (lacération, concassage des matériaux en place, fosses de terre végétale) pour impulser un début de refertilisation et de perméabilité. Ces stratégies permettent de constituer les parcs et les espaces publics par bribes, par coups parties, tout en gardant une cohérence de matérialité et l’esprit du lieu. De même, les structures végétales en place sont conservées et complétées de lignes de végétation locale plus qualitative (notamment dans le parc des rails au cœur de la presqu’île).

 

« Attention aux roches, et surtout, attention aux mirages ! L’Orne n’est pas un fleuve, c’est une avenue. Une avenue de 170 km qui dégringole de la forêt d’Écouves pour finir dans la Manche, avec des jonques et puis des sampans de chaque côté. Puis au milieu, il y a des… des tourbillons d’îles flottantes avec des orchidées hautes comme des arbres. L’Orne, camarade, c’est des millions de mètres cubes d’or et de fleurs qui descendent vers Ouistreham, puis avec tout le long des villes ponton où on peut tout acheter, l’alcool de riz, les religions… les garces et l’opium…»

• Jean Gabin, Un singe en hiver (1962), écrit par Michel Audiard