VERNACULAIRE

BASE

JUIN 2019

Définitions “courantes”

– Langue vernaculaire ou vernaculaire, langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté, parfois restreinte, rustique, fait maison, traditionnel (par opposition à langue véhiculaire).
– Nom vernaculaire, nom usuel d’une espèce animale ou végétale dans son pays d’origine.

Introduction au paysage vernaculaire

La notion de paysage vernaculaire

Pour comprendre la notion de paysage vernaculaire il ne faut pas seulement voir l’être humain comme un être doté du langage, de la pensée, et de la possibilité d’agir librement (la capacité politique). Il est aussi un habitant du monde, de la terre et de la nature. Il possède un sol, et fait partie d’un milieu, avec lequel il entretient constamment des relations. Le paysage vernaculaire peut être alors défini comme étant l’espace d’interaction et d’échanges entre l’établissement humain et le milieu naturel. L’homme agit sur la nature de manière consciente, selon son système économique, de sa structure sociale et de ses moyens techniques. Le paysage vernaculaire possède une capacité temporelle en s’adaptant, à longueur de temps, à toutes les circonstances.

Définition de l’architecture vernaculaire

Le territoire constitue alors en quelque sorte un environnement construit par l’homme et un paysage. Il est l’expression même de l’histoire d’un peuple, de différents modes de vies. L’architecture vernaculaire résulte de cette adaptation au territoire. C’est la trace d’une action collective qui a exercé ses savoir-faire en fonction des contraintes d’un lieu. Un habitat vernaculaire est un habitat traditionnel de campagne, de ville, fait par un artisan, avec des matériaux du cru. L’architecture vernaculaire fait donc référence, depuis les années 1980, à une architecture conçue en harmonie avec son environnement, en rapport avec l’aire géographique qui lui est propre, son terroir et ses habitants.

Historique de l’architecture vernaculaire

Ce concept architectural a été découvert et étudié en premier lieu par les architectes / historiens de l’architecture avec un accent mis sur les techniques de constructions et non sur l’aspect de terroir et de communauté local. Ensuite, un travail important a été réalisé par les historiens, archéologues et géographes pour aboutir à une définition plus vaste et plus précise. Cela nous a permis de découvrir que l’architecture vernaculaire à sa propre histoire, indépendanment de celle de l’architecture officielle. Il est question également d’une longue et complexe évolution, au fil du temps.

Comment se caractérise le paysage vernaculaire ? Quel est son évolution ?

Un espace dominé par l’incertitude

Il ne présente pas de marquage politique fort : on n’y voit pas de frontières, de routes et plus généralement d’espaces fermement et clairement dessinés. Pas de châteaux, d’églises, pas d’aéroports et de barrages qui viendraient orienter le territoire. De l’ordre du résiduel, il se situe sur les marges, les franges, sur les limites spatiales et temporelles des établissements (habitations, espaces cultivés, espaces transformés) humains. Il n’est pas approprié par un individu ou un groupe, il n’a pas de caractère de permanence, ce n’est pas un lieu d’enracinement. Là encore c’est l’incertitude qui domine, incertitude quant à la taille et aux limites de ces lieux, incertitude quant à leur statut exact sur le plan juridique et économique, et incertitude quant à leur devenir. Mais, paradoxalement, c’est cette incertitude de l’espace vernaculaire qui serait peut-être la condition de son dynamisme et de son renouvellement.

« Ses espaces sont généralement modestes, sujets au changement rapide dans l’usage, dans la propriété, dans les dimensions ; […] les maisons, même les villages, s’étendent, se réduisent, changent de forme et d’emplacement ; […] il y a toujours une quantité importante de « terre commune » – désert, pâturage, forêt, zones où les ressources naturelles sont exploitées de façon fragmentaire ; […] ses routes ne sont guère que des chemins et des allées, jamais entretenues, rarement permanentes »

John Brinckerhoff Jackson – À la découverte du paysage vernaculaire

Une conversation avec le lieu

Le paysage vernaculaire est caractérisé par la notion d’adaptation aux circonstances. C’est plutôt un paysage de la continuité temporelle. On est là dans l’univers de la coutume, c’est-à-dire sur un ensemble d’habitudes. Ce sont des pratiques, des usages, qui ont été laborés et ajustés de manière continue au contact du lieu, dans un rapport d’entente. Les coutumes, pratiques et autres conversations nous plongent dans l’univers d’une rationalité contextuelle. Le mot « contexte », renvoie à l’idée de « tisser avec ». Ce n’est pas un paysage statique et mort, enfermé dans la tradition.

Le paysage vernaculaire évolue en fonction de nos tentatives pour vivre en harmonie avec le monde naturel autour de nous. On peut dire qu’il est le fruit d’une adaptation mutuelle entre l’homme et le monde. Le paysage vernaculaire est « existentiel », ce qui veut dire que son identité n’est pas donnée une fois pour toutes, au départ. Il « n’accomplit son identité qu’au fur et à mesure de l’existence. C’est seulement quand il cesse d’évoluer que nous pouvons dire ce qu’il est ».

Le génie du lieu

Habiter un lieu, c’est principalement prendre des habitudes en un endroit, c’est y vivre de manière régulière, quotidienne. Mais, il est certain que l’on change ses habitudes à un moment, parce qu’on change de travail ou que les enfants grandissent, et que l’on change de domicile. C’est la manière d’être qui importe dans l’habitation, et non la relation au lieu. Habiter, c’est moins demeurer en un lieu qu’adopter provisoirement une façon d’être. Il ne s’aggit pas de prendre racine en un lieu, mais de contracter quelques habitudes, qui déterminent un mode de vie, des usages. Nous ne sommes pas liés, définitivement, au lieu.

Pour John Brinckerhoff Jackson (À la découverte du paysage vernaculaire – 1984), ce n’est pas la qualité naturelle ou historique intrinsèque, objective qui fait la valeur exceptionnelle d’un lieu. C’est un certain nombre d’événements qu’on y a vécus, et, pour ainsi, dire le « bon temps » qu’on y a passé. C’est sous cette définition qu’il propose sa notion du “génie du lieu”. Ainsi, le sens d’un lieu, son identité, c’est une somme d’événements et de sensations ordinaires qui le constitue principalement, et non une qualité qui y serait mystérieusement nichée. Au bout du compte, c’est dans l’élément culturel que réside l’identité du lieu, et non dans une quelconque donnée topographique.

La place de l’architecture vernaculaire aujourd’hui

Un habitat qui se fond dans son environnement

L’architecture vernaculaire est revenu sur les devants de la scène ces dernières années, à la faveur d’une appétence pour les vertus de la consommation locale, de l’écologie et du recyclage. Une nouvelle tendance consacrée par le prestigieux Pritzker Architecture Prize (le Nobel d’architecture), décerné en 2012 au Chinois Wang Shu. Cet architecte alors peu connu, n’a jamais construit un bâtiment hors de son pays. Il ne s’appuie que sur des savoir-faire traditionnels pour imaginer un nouveau langage architectural.

Jugé passéiste par des adeptes du modernisme qui a dominé le XXe siècle, certains architectes estiment à l’inverse que ce mouvement s’inscrit pleinement dans notre époque. Pour l’architecte, urbaniste, pionnier de l’éco-responsabilité, et écrivain français, Philippe Madec, il répond parfaitement aux questions actuelles sur l’avenir de la planète en s’appuyant sur le recyclage de matériaux locaux aux vertus bioclimatiques et, pour la plupart, biosourcés (d’origine animale et végétale).

Le développement de filières de proximité

L’autre force de l’architecture vernaculaire c’est *”qu’elle induit des conséquences économiques et sociales, et se révèle donc très pragmatique”*, indique l’architecte Pierre Frey, auteur de *Pour une nouvelle architecture vernaculaire* (Actes Sud). Elle permet alors de favoriser les circuits courts et de faire travailler des artisans localement. Par exemple au Yémen, la construction de la ville de Shibam illustre la logique vertueuse de complémentarité entre les espaces et les activités qui les structurent. La terre déposée par l’irrigation des champs aux alentours de la ville est utilisée pour entretenir et rénover d’anciennes constructions. Depuis 2000, les artisans achètent cette terre aux agriculteurs locaux, créant ainsi un cycle économique vertueux par la mise en place d’une filière courte et écologique.

Valorisation de l’identité territoriale

Cette conception d’architecture vernaculaire permet à une collectivité de se définir par rapport à son espace, à ses traditions et à son passé. L’architecture vernaculaire constitue donc un élément identitaire important du territoire, c’est un patrimoine. Notamment présent dans les pays du sud, ce type d’architecture s’est fait une place au sein des architectes africains. ” J’ai appris cela à l’école et je l’intègre dans beaucoup de mes projets, car je pense qu’il est grand temps que les architectes africains prennent des mesures idoines pour que la construction de nos espaces ne soit pas calquée sur les villes occidentales “, explique Rolande Konou Akpedze, jeune architecte Togolaise du “parc FAO”. Elle a été formée à l’EAMAU (Ecole africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme), une école fondée en 1976 et qui a déjà formé plus de 1 000 professionnels aux problématiques du bâtiment durable et de l’architecture vernaculaire.

Dans un quartier de Lomé (capitale du Togo) l’aménagement différe du reste de la ville. On y voit de grands immeubles, d’importants ronds-points et des vitres teintées sur toutes les facades. Au beau milieu de ce quartier administratif, un espace de 3 000m2 semble sorti d’ailleurs. Il n’y a rien ici, hormis les derniers arbres du quartier à ne pas avoir été taillés et un début de bâtiment rougeâtre. « Ça, c’est une construction en briques de terre comprimées stabilisées. La terre utilisée vient d’ici», indique Rolande Konou Akpedze. Les clôtures sont en bambou de la région des Plateaux, les pierres taillées de l’arcade d’entrée viennent de Kpalimé, à 120 km. Elle ajoute : « On a décidé de transformer ce parc délabré en espace vert agréable et, surtout, fait avec des matériaux locaux ».

*Propos recueillis par Morgane Le Cam (contributrice Le Monde Afrique, Lomé) LE MONDE Le 10.08.2017 à 18h00 • Mis à jour le 23.08.2017 à 18h13

Conclusion

L’architecture vernaculaire s’adapte, à longueur de temps, aux contraintes sociales et environnementales dont font preuve les sociétés, elle est en perpétuel renouvellement. Plusieurs aspects techniques se sont améliorés au fil des siècles à l’aide de la compréhension fine des territoires et des besoins humains. C’est grâce à un cheminement de pensée que la mise au point et le transfert de ces savoir-faire s’est effectuée. C’est cette reflexion qu’il faut retrouver et non les techniques elles-mêmes. Les enseignements apportés par ces méthodes de construction vernaculaire méritent d’être étudiés, sélectionnés et réintégrés dans les projets d’aujourd’hui, mais pas à l’identique.

L’architecture vernaculaire s’inscrit dans des démarches d’urbanisme durable et de valorisation du patrimoine local. Elle présente de nombreux avantages à la fois environnementaux, sociaux et économiques. Il est donc question aujourd’hui d’un regain d’intérêt pour ces espaces de la part de nombreux acteurs (collectivités, institutions publiques, entreprises, etc.).

Sources :