CLASSE CRÉATIVE

BASE

AOÛT 2019

Lecture : 5 min

Cet article fait partie du thème : LA VILLE CREATIVE

Fiche 1 : La classe créative, conception innovante ou concept marketing ?

Fiche 2 : La réappropriation culturelle des espaces urbains

Fiche 3 : Economie créative et développement des territoires

Classe créative : conception innovante ou théorie marketing ?

Dans quelle mesure la notion de classe créative permet de nous donner des pistes de réflexion pour penser la ville créative ?

Avec la fin de l’industrialisation et la décentralisation, les collectivités territoriales ont dû redéfinir en profondeur leurs politiques urbaines. Comment rendre leur territoire attractif face au chômage de masse, la fuite des capitaux et le déclin post-industriel ?

Les territoires urbains ont connu une amélioration de la qualité des services pour les entreprises, dans un contexte de compétition interurbaine pour attirer les capitaux et les activités à forte valeur ajoutée. L’amélioration du cadre de vie dans des villes post-industrielles est ainsi devenu un pari majeur pour les politiques de la ville et les acteurs économiques. Ce nouveau cadre de vie se caractérise par le développement des espaces publics, des espaces verts mais surtout de la vie culturelle.

Le professeur Richard Florida a catégorisé dans son ouvrage “Who’s Your City ?” une population nommée « classe créative », qui selon lui serait le moteur du développement économique dans les villes. En effet, les travailleurs « créatifs » choisissent leur localisation résidentielle en fonction de son activité culturelle et donc de son environnement propice à la créativité. Ce dynamisme créatif privilégie d’emblée une grande tolérance et ouverture d’esprit, dans une atmosphère « cool, détendue et bohème » :  ces qualités sont ainsi devenues essentielles dans la compétition territoriale entre les villes dynamiques.

Selon R. Florida, la classe créative s’est développée afin de développer des solutions nouvelles et éviter la production routinière et machinale au moyen des activités créatives. En termes économiques, la connaissance et le partage d’information seraient les moyens de production d’un avantage comparatif essentiel pour les entreprises et leur territoire : la créativité.

L’évaluation de la créativité d’une ville se fait à travers plusieurs indicateurs : le talent calculé par le nombre de personnes diplômés à bac +4, la technologie par le nombre de brevets déposés et à la tolérance mesurée par l’importance de la diversité, de la communauté homosexuelle et enfin des bohèmes artistes.

Selon la conception de R. Florida, l’articulation du talent, de la technologie et de la tolérance au sein d’une communauté urbaine est le moteur de la croissance économique. Les entreprises innovantes et autres start-up seraient ainsi attirées et s’installent dans les villes à environnement créatif.

Ces critères d’évaluation ont permis de mener des classements des villes et pays les plus tolérants, créatifs, hi-tech ou gay-friendly. Face à cette compétitivité pour la créativité, les dirigeants de municipalités sont encouragées par Florida à gentrifier leurs quartiers pour promouvoir leur image.

Cette évaluation est toutefois largement critiquée car elle amène à lier la créativité des individus à une catégorie socio-professionnelle très large, regroupant à la fois les métiers de la haute technologie, du divertissement, du journalisme, de la finance, de l’artisanat ou de l’art.  De ce fait, les individus les plus défavorisés ne seraient pas créatifs.

De plus, la notion de « classe » utilisée par Florida renvoie au potentiel créatif supposé d’une catégorie d’individus très large qui n’ont pourtant les mêmes valeurs et représentations de la société. Au contraire, cette catégorisation fait l’amalgame de populations qui ont des modes de vie et des intérêts totalement divergents.

Malgré les critiques évidentes adressées à l’œuvre de Florida, il est possible d’appréhender son constat sous un angle novateur. Il est nécessaire d’appeler à une redéfinition de cette ville créative pour ne pas seulement l’envisager comme un argument commercial. Nous pouvons utiliser cette notion afin de comprendre les opportunités de revalorisation des qualités de l’espace urbain qu’elle offre.

Les suppositions de Florida doivent ainsi nous permettre d’actualiser l’image de la ville comme une entité émancipatrice et un lieu d’expression des singularités des citadins.

Sources :

  • Who’s Your City – Richard Florida
  • Creative Placemaking, les usages informels à l’avantgarde du projet urbain – Club Ville Aménagement avec Andreas Krüger, facilitateur urbain à Berlin
  • Résiliente, collaborative et bricolée, repenser la ville créative à « l’âge du faire » – Charles Ambrosinoa, Vincent Guillonb et Magali Talandierc
  • Du cluster créatif a la ville créative, fondements économiques – Dominique Sagot-Duvauroux
  • Les Systèmes Urbains Cognitifs : des supports privilégiés de production et de diffusion d’innovations ? Études des cas de 22@Barcelona (Barcelone), GIANT/Presqu’île (Grenoble), Distrito tecnologico et Distrito de Diseno (Buenos Aires) – Raphael Besson
  • Apprendre à investir l’espace public par la culture – Le Monde Aude de Bourbon Parme
  • Quartiers artistiques, territoires (re)créatifs – Charles Ambrosino
  • Lauren Andres, Boris Grésillon« Les figures de la friche dans les villes culturelles et créatives. Regards croisés européens », L’Espace géographique 2011/1 (Tome 40), p. 15-30. DOI 10.3917/eg.401.0015
  • Lise Bourdeau-Lepage, « Repenser la ville », Géographie, économie, société 2011/1 (Vol. 13), p. 5-10.
  • « Comptes Rendus », Géographie, économie, société 2016/1 (Vol. 18), p. 167-185. DOI 10.3166/ges.18.167-185
  • Richard Florida, Cities and the creative class (2005), New York-London, Routledge
  • Brian Holmes, Vivre et travailler dans le parc. Les ambiguïtés de la « ville créative » , Mouvements 2005/3 (no 39-40), p. 94-102. DOI 10.3917/mouv.039.009
  • « Lectures », Revue d’Économie Régionale & Urbaine 2016/2 (Mars), p. 467-476. DOI 10.3917/reru.162.0467

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