Lille : Fives

Maître d'ouvrage : SORELI
BASE mandataire + Jean Dubus architecte

 

Lille Fives / Nord
surface / 2 ha
étude / 2004

 

Le parc des halles se développe à l’intérieur et à l’extérieur des limites construites, puisqu’il n’est pas question de détruire les bâtiments, mais de s’en servir pour générer un univers à part. Afin de constituer cet univers, toutes les façades, front bâti et monumental, doivent être conservées : elles garantissent l’effet de masse (cf schémas de croissance historique et photos actuelles). Par contre, c’est à l’intérieur que peuvent s’opérer les changements : telle une opération chirurgicale, le corps est gardé, l’enveloppe périphérique intouchée, mais les organes internes sont réparés, changés, soignés…

D’où la première intervention : faire émerger le parc à partir du ventre de l’usine, ouvrir les toitures pour laisser passer la lumière et libérer le sol pour laisser s’infiltrer l’eau. Une grande faille permettra cette végétalisation progressive, au rythme de la refertilisation des sols que nous proposerons dans un plan d’intervention détaillé. En pratiquant la perforation de la dalle à certains endroits (et après avoir excavé les terres polluées), des boisements se développeront verticalement. Nous mettrons tout en œuvre pour fertiliser et régénérer les sols. Selon la fréquence de plantation, nous pourrons obtenir de véritables bosquets de fraicheur qui permettent de faire baisser la température d’un degré Celsius au sein des halles. La faille agit comme un puits de fraicheur l’été, avec ventilation naturelle. La présence de l’eau accentuera le phénomène : en effet, la faille permettra de récolter les eaux des toitures grâce à des citernes – signaux qui alimenteront les jardins et les grimpantes. En hiver, la faille bénéficiera d’un ensoleillement optimum et sera abritée, favorisant ainsi des usages extérieurs même en hiver. Les limites latérales de la faille ne sont pas strictes afin de déclencher des situations variées. La structure des halles est conservée afin que puisse se développer le parc en trois dimensions : l’armature filaire d’acier permettra aux plantes grimpantes de s’accrocher. Enfin, les sols sont rendus perméables par perforation de dalles : fosses, trouées, lignes de plantation,... Un cheminement minéral et des portions de dalles sont conservés pour y poser facilement les volumes constructibles et les émergences (ateliers : boîtes dans la boîte), car la vocation du corps majeur de l’usine est d’être le centre du renouvellement des activités au cœur du quartier. La faille est l’espace de rencontres des différentes activités et ateliers qui se côtoieront sous la grande toiture lumineuse. Ce « contenant » actif réaménagé pourra rayonner sur ses alentours, et d’abord à proximité immédiate dans le U piéton qui retrouvera sa vocation de passages, d’échanges, et de surcroît de lieu festif.

La faille est un espace piétonnier semi-privatif, une rue intérieure végétale. Elle permet aux différentes activités qui se développeront sous les halles d’avoir un adressage végétal commun malgré leurs différences. C’est avant tout un espace d’usages mixtes, de rencontres. Il s’agit de donner de la place aux espaces collectifs de façon à favoriser des effets de groupes, d’enrichissements par le croisement des cultures. De nombreuses terrasses se développeront dans les cavités, les décalages architecturaux (terrasses privatives, terrasses communes de travail, terrasses de restauration, porche d’accès aux bâtiments,…). Enfin, bien que la faille développe une vie intérieure protégée, elle sera fortement visible depuis l’extérieur (notamment depuis la halle des évènements et les venelles) invitant les parcours. La faille pourra à terme devenir une rue végétale mixte : lieux d’expo, lieux de détente, lieux commerciaux, lieux de transit, ateliers de travail vitrés, jardins …