Lille : Parc de l'Union

Maître d'ouvrage : SEM Ville Renouvelée
BASE paysagiste mandataire + ADEPT architecte + Claudio Colucci designer + ON concepteur lumière + OGI BET + Techné Cité

 

Tourcoing / Nord
budget / 8,5 M€
surface / 8 ha
concours / 2011

 

PAYSAGE PERPÉTUEL, TERRITOIRES CROISÉS

Directement issu du projet urbain de l’Union, le dessin du parc est un croisement de territoires physiques et humains. Il est un hommage au paysage urbain nordiste et un reflet des dynamiques du site, aussi bien préexistantes qu’en devenir.
Le territoire urbain se compose à plusieurs. Plusieurs acteurs, réunis en familles : les habitants, le commerce, les appropriations de l’espace public, mais également le marché immobilier, le génie urbain ou la recherche et l’inovation...
La ZAC de l’Union entend donner sa voix à chacune de ces familles, et le parc de l’union est le reflet de cette dynamique collective, avec ses surfaces dédiées et superposées, identifiées et croisées.
Les 7 familles décrites par Bernard Reichen, urbaniste de la ZAC de l’Union, sont ici transposées sur le parc, avec chacune sa dynamique propre, sa matérialité, ses usages possibles et une émergence verticale, déjà existante ou nouvelle, comme repère.
1 - L’histoire du site et sa proximité populaire d’abord, car l’est du parc est encore marqué par un passé industriel. Ce territoire est biensûr une grande pelouse, lieu de tous les rassemblements, et visuellement directement lié à la cheminée de la Tossée (élément vertical et fédérateur remarquable existant).
2 - Face à cette ville historique, à l’ouest, une nouvelle génération d’habitants pour cet ambitueux éco-quartier, valorisant de nouveaux modes de vie et d’habiter. Ici aussi, une émergence (nouvelle folie proposée) témoigne de cette histoire en devenir, sous la forme d’un lieu nourricier de partage et de gastronomie, de cuisine collective et de rencontres conviviales.
3 - Puisqu’il s’agit surtout de nouvelles générations, l’enfance est également très présente sur le parc, avec un territoire dédié, univers de couleurs et de jeux, devant le futur groupe scolaire. Une tour de jeux singulière (nouvelle folie proposée) signale cette parcelle enfantine et décalée, centrale et protégée.
4 - Au sud maintenant, le canal est bien entendu un corridor écologique majeur, et un lien vers la coulée verte de Roubaix. Ce milieu naturel est valorisé par de nouvelles plantations, des zones humides de rétention et d’infiltration pour le parc. Ici, le drapé est certes directement inspiré des sheds, avec ses pentes propices à la détente, au bronzage et à la comédie sociale, mais il reconstitue également sur le site des gradations d’humidité et de végétation, artificielles mais pourtant riches et généreuses. Ce territoire, partagé entre habitants, usagers, faune et flore, pourra lui aussi être signalé par une verticalité, plus loin, en lieu et place du couloir écologique de Roubaix, une tour animalière singulière (nouvelle folie à imaginer, hors concours) qui pourra boucler le dispositif.
5 - Sur le parc, la recherche et l’inovation sont majoritairement prises en charge par Kipsta (élément architectural remarquable existant), mais nous entendons faire participer les usagers du parc à cette dynamique, à travers le traitement d’une limite active, faites de transparences et de séparations, de douces pentes engazonnées et de rampes accrobatiques de glisse, de protections, de passages possibles et de points de vue divers et imprenable sur ce territoire synthétique et sportif. Les nouvelles pratiques de glisses sont ici favorisées, sur un lieu protégé et dédié, non exclusif, en pleine nature.
6 - Les réalités économiques sont également valorisées, et le drapé établit une continuité entre la tour Mercure (élément vertical existant) et une placette, qui peut accueillir marchés, kermesses, expositions et événements d’échange et de rencontres.
7 - Enfin, au centre du parc, et au carrefour de tous ces territoires, la ville des petits investissements, expression des appropriations spontanées, populaires et artistiques, distribue et rassemble toutes les familles, autour du café conservé (élément construit existant à restaurer), et présente une parcelle très praticable, sécurisée, fortement éclairée, et traversée par la nouvelle rue de l’Union.

Ainsi, le projet propose et tente un accord harmonieux entre :

  • Une vision urbaine forte, celle de Bernard Reichen, urbaniste de la ZAC de l’Union ;
  • Le strict respect du programme du parc (plaine, drapé, etc.) ;
  • Une partition du sol et du végétal contrastée, riche et cohérente ;
  • Une identité construite remarquable, avec un dialogue entre émergences patrimoniales visibles depuis le parc, constructions historiques et nouvelles folies proposées dans le parc ;
  • Une identité lumineuse contrastée qui vient renforcer la lecture des différents territoires dès la tombée de la nuit piur un parc qui se veut ouvert et lumineux ;
  • Une approche durable de la construction et surtout de la gestion des espaces verts ;
  • Une ambition forte pour la ZAC de l’Union, avec un projet singulier et très spécifique ;
  • Une approche pragmatique et attentive avant tout aux usages, avec des espaces ouverts, libres, praticables, où l’eau et le végétal sont très présents ;
  • Une approche respectueuse du passé et du patrimoine mais également tournée vers les nouveaux usages et la jeunesse.

LIMITES / PAYSAGES

Mises à distances, niveaux, passages, protections, épaisseurs, mise en scène des points de vue : le paysage comme série de dispositifs.

Le traitement des limites fait l’objet d’une attention particulière. Entre parc urbain (ouvert sur la ville) et jardin (hortus conclusus, entité cernée), se joue l’avenir du parc de l’Union. Différents dispositifs de murets et claustras opèrent des séparations physiques ou visuelles, font office de soutènements pour les reliefs du drapé, protègent certains pour la tranquillité des habitants, réservent certains jardins à des usages spécifiques :

  • Devant les nouvelles habitations, des jardins fruitiers délimités par des claustras abritent des jardins potagers;
  • Le terrain Kipsta est flanqué d’une terrasse skatable et néanmoins séparative ;
  • Certains lieux peuvent être réservés à la sieste ou aux jeux de boulles.

Enfin, des noues, fossés et pentes mettent à distance les différents territoires et protègent la plaine, tout en permettant une ouverture visuelle totale sur l’ensemble du site.


LUMIÈRES

De nuit, le parc ne cherche pas à être éclairé. La lumière expose l’ensemble des territoires constitutifs du parc. Elle propose des ambiances différenciées, révélatrices des univers, des populations et des usages qui s’y développent.

Des territoire, Limites et Surfaces

Il s’agit d’un travail sur la spatialité, à grande échelle, cherchant à marquer soit une limite, soit une surface.
La place centrale est délimitée par la lumière. Des appareils linéaires sont suspendus en rive de l’espace. Colorés, ils diffusent la lumière sur l’ensemble de l’espace et lui donne un caractère rappelant les guinguettes. Revisitées.
Au centre de la composition, la placette est lieu de la convivialité nocturne. Les architectures, ponctuations construites du parc seront autant de repères visuels dans les premières heures de la nuit.

Des territoires, des ambiances

De grands mâts équipés d’appareils linéaires marquent la limite de l’espace naturel. Ils font écho aux colonnes lumineuses jalonnant le chemin de halage. L’épaisseur naturelle, reste quant à elle dans le noir.
Des lettres de néon viennent «signer» de nuit le nom du parc. Positionnées le long de la rue de l’Union, elles dessinent la limite entre l’urbain et la zone «économique».
D’une humeur festive, il est caractérisé par une lumière plus dense, plus colorée, accompagnant ce rassemblement d’usages et d’usagers.
La grande praire est laissée dans la pénombre. Seuls quelques grands mâts jalonnent l’espace. Ils reprennent l’univers du «mât de cocagne». Le jeu est alors transposé de nuit, les enfants cherchant à attraper les tâches de lumière produites sur la pelouse.
Le territoire de l’enfance est plus féérique. Doté de mâts courbes, la lumière provient d’appareils d’éclairage diffusant. Sortes de muguets lumineux.
Enfin, le territoire de la recherche et de l’innovation est didactique. Des grands mâts proposent un jalonnement lumineux au travers de ce large espace.

Des temporalités renforcée, une énergie préservée.
Le projet lumière propose de s’adapter pleinement aux temporalités nocturnes et aux usages réels de l’espace public. Il est doublé d’une dimension «aléatoire» caractéristique des énergies renouvelables.
Ainsi seule la placette centrale est éclairée sur le régime de l’éclairage public, réduit aux premières heures de la nuit. Les autres espaces dépendent soit de la capacité des énergies renouvelables (photovoltaïque ou éolien) soit de la présence ou non des usagers.
Les signaux lumineux marquant la limite de l’espace naturelle le long du canal sont alimentés par des éoliennes verticales. Leur présence lumineuse dépend de la force du vent, l’énergie étant consommées instantanément. Les rives du parc «économique» (lettres de néon) ainsi que le parc «de l’enfance» sont alimentés par des panneaux photovoltaïques combinés à des batteries. Leur durée d’allumage dépend de l’apport de luminosité naturelle. Enfin, l’éclairage de la prairie centrale (mâts de cocagne) et le parc «recherche et innovation» sont commandés à partir de détecteurs de présence. Ce système amplifie la notion de jeux pour les enfants pour le premier et accompagne pleinement les circulations piétonnes dans le large espace dans le second.


FOLIES / PROGRAMMES

Des nouveaux lieux de partage, de services, de rencontre et d’apprentissage, qui renvoient ou s’accrochent aux repères verticaux du paysage de l’Union.

La métroplole lilloise a développé à l’occasion des manifestations de Lille 2004, capitale européenne de la culture, une tradition de maisons-folies réparties dans la ville et les espaces verts.
Mais d’autres dispositifs ou émergences renvoient à la même idée : qu’on pense aux beffrois, à Derborence au parc Matisse, ou aux géants (dans leur version traditionnelle et foraine ou dans leurs différentes réinterprétations contemporaines).Il y aurait une spécificité nordiste dans le recours aux verticales comme éléments de rencontre, de fête ou de plaisirs...
Ainsi les cheminées d’usine, qui participent à la représentation collective du territoire (paysage) de Tourcoing, peuvent être transposées sur le site du parc de l’Union pour offrir aux usagers des services particuliers, et participer à l’appropriation par tous d’un nouveau parc urbain, au carrefour des dynamiques urbaines, économiques et sociales.
Parmi l’infinité de propositions verticales et de services qui peuvent être imaginés dans un parc contemporain, nous avons choisi de proposer deux équipements fédérateurs, l’un tourné vers l’enfance, l’autre vers la nourriture et la convivialité :

La tour de jeux est un équipement compact, qui offre de nombreuses opportunités :

  • Une gradation dans la difficulté des parcours, avec la prise de risque comme moteur de l’apprentissage ;
  • Une compacité qui permet de contrôler l’accès direct au jeu en fonction d’une temporalité précise ;
  • Un repère visuel fort et un signal d’identification pour le quartier ;
  • La concentration de la complexité, qui permet de rationaliser la mise en œuvre ;
  • Une sécurité accrue grâce à l’exclusivité enfantine du dispositif.

La folie nourricière est un lieu de convivialité, de partage et de gastronomie, qui répond aux nouvelles exigences et pratiques urbaines contemporaines. Les gens aiment se retrouver dehors autour d’un repas, et la cuisine est l’un des aspects les plus importants de notre culture. Associée aux nouveaux logements, et destinée aux habitants qui ne jouissent ni d’un jardin ni d’une terrasse, la folie nourricière peut être gérée sous le régime d’une association ou celui du libre accès. Le dispositif, abrité mais extérieur, reste simple et propose un point d’eau, une serre et des panneaux solaires, des barbecues et un plan de travail.

Les deux folies sont complétées par d’autres lieux, plus horizontaux, mais également destinés à des usages spécifiques :

Le café Sallah peut être conservé et restauré, car il est un témoignage significatif du quartier. Dans notre proposition, une remise en état du bâtiment est prévue, ainsi qu’une extension gonflable pour garantir une surface de restauration tout au long de l’année. Inspirée de récentes expérimentations berlinoises, cette bulle chauffée fonctionnera à la fois comme lieu de vie au centre du quartier, et comme élément visuel fort en hiver.
L’été, la bulle est repliée et les clients peuvent profiter de l’extérieur.

La placette, au centre du site, et attenante à la rue de l’Union, pourrait accueillir différentes manifestations événementielles, foraines ou festives. Dans cet esprit, notre proposition anticipe ces utilisations et favorise l’appropriation de cet espace ouvert et visible par une proposition de mobilier spécifique, conçu pour servir aussi bien à la détente et à la rencontre qu’à l’étalage de marchandise dans le cadre de braderies ou petits marchés spontanés.

La terrasse, au sud du terrain Kipsta, est formée d’une plateforme, d’un talus et d’un mur, qui garantissent une séparation franche avec les terrains sportifs tout en donnant des points de vue privilégiés sur ces équipements. Cette terrasse subit quelques déformations qui la rendent propice aux sports de glisse : skateboard, bmx, roller.

Ici encore, la prise en compte de l’usage des lieux ne se limite pas à une programmation exclusive et purement fonctionnelle. Au contraire, il s’agit de propositions ouvertes et souples, qui favorisent les appropriations et surtout le potentiel d’échanges sociaux. Ces espaces sont avant-tout des lieux de représentation, attentifs aux comportements humains, aux codes de la rue et aux mécanismes de la comédie sociale (voir et être vus, etc.). Par exemple, la terrasse est positionnée le long d’un lieu de passage, mais à l’écart des principales circulations, et protégée des nuisances de la rue. Elle est un lieu de destination, de rendez-vous, de découverte, de spectacle et de démonstration.